La pandémie de Covid-19, un big-bang accélérateur de la transformation numérique des entreprises ?

Covid-19 : un big-bang de la transformation numérique des entreprises ?

La pandémie, un accélérateur du numérique ? Cela se pourrait fort bien. Le confinement a bouleversé nos habitudes. Ceux qui n’avaient pas pris le virage du numérique se sont retrouvés pénalisés, une prise de conscience s’opère, avec en filigrane la question du bon usage de ces nouvelles technologies, dont l’IA fait bien évidemment partie !

À moins d’avoir vécu dans une grotte, coupé de tous moyens de communication, le monde vit depuis plusieurs mois au rythme de la pandémie de Covid 19. Un fait qui induit un changement d’habitudes, impulsant une autre manière d’envisager l’avenir où le numérique a permis de garder le contact avec l’extérieur, et même de travailler. En atteste la forte sollicitation du réseau Internet qui perdure encore et qui a permis à certaines entreprises offrant et utilisant des outils digitaux de tirer leurs épingles du jeu.

Le numérique, entre effet de levier et relais de croissance ?

C’est notamment le cas de l’entreprise américaine Zoom, développant un outil de visioconférence dont la valorisation boursière a atteint des sommets, passant de 29 Md$ fin mars à plus de 46 Md$ en à peine un mois(1). Un emballement général qui, au début, n’a pourtant pas profité à la bonne entité. Effectivement, c’est l’entreprise Zoom Technologies, qui a d’abord vu la valeur de son action exploser, aux dépens de la société Zoom Video Communications. Un engouement qui n’a pas fait long feu puisque toutes les actions ont rapidement été revendues afin de pouvoir réinvestir au bon endroit ! (2) On imagine l’ascenseur émotionnel et l’incompréhension des actionnaires de Zoom Technologies.

Autre exemple, la plateforme de streaming vidéo Netflix a connu des pics jusqu’alors jamais atteints, augmentant sa capitalisation boursière de 40 % en à peine un mois (3). De la même façon, l’industrie du jeu vidéo s’est redéployée, les studios fonctionnent à plein rendement à distance, et leurs produits sont majoritairement vendus en ligne par le biais de sites comme Steam ou de plateformes dédiées comme le PS Store. Il faut dire que, bloqué chez soi, un film ou une partie de jeu vidéo peuvent rapidement ressembler aux divertissements parfaits.

Le numérique permet une plus grande flexibilité et une meilleure résilience. C’est le constat relevé lors d’un baromètre du 1er trimestre 2020 réalisé auprès de 166 acteurs numériques sur l’Hexagone par Syntec Numérique note que si la majorité des sondés (74,1 %) prévoient une baisse de leur chiffre d’affaires sur leur second trimestre, 98 % d’entre eux se sont adaptés rapidement en mettant leur équipe en télétravail permettant d’assurer une continuité de services optimale (4). Une tendance confirmée lors du dernier baromètre publié mi-juin avec une amélioration : si en avril 80 % anticipaient une baisse de trésorerie, désormais, « seules » 50 % des entreprises sondées fin mai ont encore peur d’être en difficulté à ce niveau (5).

Transformer les usages…

Si le secteur du numérique a été moins touché, tout comme celui de l’agroalimentaire et de l’industrie pharmaceutique, la crise sanitaire invite les entreprises à repenser leur manière de travailler.

Ainsi, la nécessité de remettre en question ses modes de fonctionnement via le prisme du numérique accélère d’autant plus le rythme de la transformation digitale. Et ceci très justement, puisque le numérique offre de nombreuses possibilités, grâce notamment à une diversification des modes d’interactions dans le travail contribuant à faire émerger de nouvelles formes d’organisations. De même, le budget alloué à la numérisation est lui-même plus conséquent, et renverse les obstacles bâtis par le passé. Adieu manque de temps et de moyens ! (6)

Beaucoup de salariés et d’entreprises n’étant pas rompus aux outils digitaux, un important besoin en formation digitale est ressorti. Face à ce constat, de nombreuses sociétés ont profité de cet arrêt forcé pour prendre le temps de s’acculturer au numérique, tant en formant leurs collaborateurs qu’en misant sur de nouvelles technologies (7).

C’est dans l’optique d’aider les TPE/PME à s’acculturer au numérique pour mieux rebondir après la crise, que Facebook a lancé l’initiative #soutenonsnosTPEPME. Les 100 formations gratuites aux outils numériques leur offrent l’opportunité d’acquérir de nouvelles compétences telles que l’utilisation des moteurs de recherche ou encore la gestion de la présence en ligne. Une réponse efficace au manque de temps, ou encore de budget auxquels font face ces structures dont certaines peinent à se lancer dans la digitalisation. A noter que ce plan s’inscrit dans le cadre d’un programme de subventions de 100 millions de dollars pour plus de 30 000 TPE-PME de 30 pays. (8)

De plus, certaines sociétés bien au fait des dernières pratiques numériques ont revu leur proposition de valeur en cherchant à la numériser. C’est alors que nous avons vu pulluler un nombre incalculable d’offres de formation. Ne pouvant plus réaliser de prestations de manière traditionnelle, les entreprises ont décidé de commercialiser leur savoir-faire. Et elles y gagnent puisque ce modèle passe bien plus facilement à l’échelle.

… Mais quelle place pour l’humain ?

Nous l’avons vu, la crise du Covid-19 n’est pas seulement une catastrophe mondiale, c’est aussi l’occasion de bousculer le monde pour construire le futur : avènement du télétravail, changement dans l’organisation des entreprises, retour à des circuits de proximité quand cela était possible, prise de conscience qu’une présence sur Internet s’avère nécessaire même pour les professions « traditionnelles »…

Or, si le circuit-court et le commerce de proximité ont connu un regain d’intérêt, en période de confinement, de nombreux commerçants se sont retrouvés sans solutions et donc sans activité par manque d’anticipation et de solutions numériques. Depuis, de nombreux commerces ont mis en place un drive pour assurer un minimum de revenus mais quid des sociétés sans site web, comment mettre en avant son offre ? Face au manque de solutions numériques locales, ces professionnels peuvent toujours se rabattre sur des solutions comme Facebook et ouvrir une boutique en ligne via cette plateforme. Dans le même temps, le géant américain a vu son chiffre d’affaires progresser de 11% sur le deuxième trimestre 2020… (9) Mais une question se pose, pourquoi ne pas développer une plateforme française permettant aux commerçants indépendants de se créer, rapidement, une vitrine numérique au lieu de renforcer un acteur déjà tout puissant ?

Cette mutation ne touche pas que les indépendants mais aussi les grands groupes plus traditionnels. Et pour leur cas, cela ne se fait que rarement dans la douceur comme le démontre le cas de l’enseigne de vêtements Zara. Inditex, leur maison-mère compte fermer 1 200 boutiques dans le monde au profit de la « digitalisation » de son business modèle (10). Comme toute crise d’ampleur, celle-ci met en exergue les entreprises déjà en difficultés et les modes de management des groupes parfois discutables. Amazon, souvent pointé du doigt pour son management agressif, a montré qu’il pouvait se passer de ces entrepôts logistiques en France fermés par décision de justice tout en continuant à livrer ses clients (11). Résultat, le chiffre d’affaires d’Amazon a grimpé de 26% malgré les restrictions mises en place par la Justice française.

Il faut donc se poser les bonnes questions et prendre les bonnes décisions pour ne pas voir le tissu économique français s’effondrer. En effet, pendant que les géants continuent de grandir, les PME se retrouvent asphyxiées, et sans réelles solutions. Si le numérique peut aider l’humain, il peut également aider certaines entreprises à s’en soustraire, et cela ne fait pas rêver. Quoi qu’il en soit, un constat semble clairement se dessiner : les acteurs du numérique sont les grands gagnants de cette crise. Et cela s’explique par la nature et la forme que prend leur proposition de valeur et la grande flexibilité organisationnelle.

Cibler les actions pour créer des opportunités

Cette pandémie a validé, indirectement, les modèles issus de la transformation numérique, agiles et adaptables (12). L’intelligence artificielle a participé, par la précision sans cesse plus poussée de ses algorithmes, à l’effort collectif dans le secteur de la santé (13), puisque certaines sociétés ont pu accélérer leur production grâce à des technologies reposant sur l’Intelligence Artificielle. Mais pas seulement, puisqu’elle offre des possibilités touchant l’ensemble des domaines. Du ciblage marketing jusqu’à la création d’algorithmes pour le e-commerce en passant par l’optimisation de la logistique…

Pour appuyer ce propos, il est intéressant de se pencher sur le cas des entreprises qui s’en sont le mieux sorties durant cette période aussi compliquée qu’inédite. A cette occasion, un indice boursier a même été créé pour référencer ces entreprises à qui la crise profite : le “Stay-at-home Index”(14). Sans grande surprise, nous retrouvons des géants du numérique qui sont également des fers-de-lance de l’Intelligence Artificielle comme Netflix, Tencent, Facebook, Amazon ou Alibaba. Ces entreprises misent énormément sur l’Intelligence Artificielle, une stratégie qui s’avère payante. En effet, l’automatisation de certains processus grâce à l’IA induit une résilience accrue face à un immobilisme physique forcé.

Dans le même temps, Syntec Numérique, dans une lettre ouverte diffusée dans Le Figaro, les Échos et le Parisien, appelle à « Investir massivement dans le numérique afin de faire passer le pays à la vitesse supérieure. » Pour le syndicat, le plan de relance du Gouvernement de la rentrée de septembre 2020 devait prioriser « l’investissement massif des pouvoirs publics dans les technologies et l’Industrie du Futur (Internet industriel, IA, 5G, robotisation…). (15) » Tout un programme, qui lorsque nous analysons la situation semble plus que pertinent !

En temps de crise sanitaire, le numérique représente donc un véritable levier de croissance. Il s’agit alors pour les entreprises de venir saisir les opportunités qui leur sont offertes par celui-ci. Et ce sans pour autant laisser derrière certaines TPE ou PME pour qui la transition apporte son lot de difficultés. L’IA, comme bon nombre de technologies numériques, se démocratise, devient accessible et peut participer activement à cette transition, quel que soit le secteur d’activité.

Sources :

Chloé Koch-Pageot
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